C’est le moment du « rien ». Là où l’informe se transforme en idées, là où je vois se construire sous mes yeux à demi-clos le plan du mémoire à écrire. Là où je vois défiler les images, là où les sentiments encore sans mots surgissent et s’évanouissent. Le « rien » où le temps passe sans être le temps, figé et éternel, et cependant mouvant. Le « rien » arrive le matin, il esquisse quelques gestes. J’essaie une robe à laquelle je viens de penser, juste parce que je me demandais si elle m’allait mieux maintenant qu’il y a un an. Je me dis qu’il faudrait aller chercher du lait pour le café, tout à l’heure. Je me tresse les cheveux, mets un soutien-gorge. Puis je pense à une chanson de Barbara que j’ai envie d’écouter, je lis quelques pages des Karamazov, et je me remets à penser. C’est le « rien ». Le « rien » qui a tant besoin de temps pour exister, dans ce monde au temps manquant. Le « rien » qui est à l’origine de tout…