Le cours d’eau s’immobilise pour l’hiver. Ou du moins la rivière se laisse-t-elle contenir par les glaces qui se forment paisiblement à sa surface. Quelques mois. La vie ralentit, s’enlise un peu. Entre deux portraits et les lectures qu’il faudrait faire, quelques séries, un horaire irrégulier, des repères qui ne sont pas encore fixés.
C’est la force d’inertie. Dans ma tête, je bouge encore, je vais quelque part. Les affaires, le ménage, la routine d’habiter quelque part, en ville, ça ne me rentre pas encore dans la tête. Je maudis les petits contrats de traduction ou autre qui me distraient de la contemplation des beautés du monde. Je veux être seule, seule et libre avec cette âme retrouvée. Cette force de vie qui s’épanche en milliers de coups de pinceau, je voudrais ne vivre que d’elle, qu’avec elle, comme un amour jaloux qu’on ne veut plus quitter. Tout autre amour me semble d’ailleurs ennuyeux. Seule le nourrit la diversité des amitiés qui enrichissent ma vie, ces ami-es qui ne me possèdent point et me laissent le coeur libre de se vouer entièrement à la vibrante obsession qui m’habite. C’est que ce monde est beau, et que seule la plus grande disponibilité du coeur me permet d’en traduire les merveilles à ma guise.
Flamme sacrée enfin retrouvée, oubli et conscience aiguë du monde au milieu duquel j’ai été plantée, eaux vives et libres qui ne peuvent souffrir aucun harnachement…