L’étoffe fragile du temps qui passe

Des fils qui se croisent au fil du temps, tissant l’étoffe vivante et fragile d’une vie. Une spirale qui creuse, qui revient, qui brode des variations sur un thème qui est celui de notre vie et qu’on apprend à jouer de manière de plus en plus confiante, en prenant conscience qu’on est tou-tes responsables les un-es des autres, à mesure qu’on perçoit davantage la fragilité d’un équilibre sans cesse changeant.
Un grand mouvement qui oscille entre recevoir en plein coeur et laisser partir vers l’inconnu, la vie elle-même. Dans un détour, retrouver ce qu’on croyait perdu, en prenant conscience des transformations qui ont mieux défini qui l’on est devenu. La somme, ou plutôt, la suite des choix que l’on a faits, le chemin que l’on a tracé en empruntant certaines portes plutôt que d’autres, en fermant certaines pour mieux rediriger nos pas. On se retrouve un jour dans une pièce qui nous est familière, mais bien que les gens, les objets et les lieux nous semblent les mêmes, on s’aperçoit que l’on est à un autre étage. On refait des choix, on réalise qu’on est plus solide, mieux ancrée, mais le temps passe.

Sept années qui ont passées comme un éclair, et où ma vie s’est sculptée, au fil des diplômes, des rencontres, du travail pour comprendre, toujours mieux cerner les causes, discerner les effets, déterminer ce qui est nécessaire pour bien agir, et agir. Sept années, et l’impression de revenir exactement sept années en arrière à toutes sortes d’égards, mais cette fois en sachant mieux qui je suis et en ayant pris possession de ma propre vie, qui n’est plus subie, mais choisie.

Retrouver un ami d’enfance, sa présence comme un grand arbre, auprès duquel j’ai l’impression d’être une rivière, emportée par le courant, ou un oiseau, qui va se perdre dans le vent.

Réaliser que les enfants d’il y a quinze ans ne sont plus des enfants, tout autour de moi. M’émerveiller de la beauté de ces êtres qui apportent leur force au monde, en espérant qu’ils le rendront meilleur.

M’éloigner, en acceptant que la vie me donne maintenant un rôle dans l’accompagnement de tou-tes ces adolescent-es dont je serai, pendant un temps, responsable. Réfléchir, essayer de me préparer du mieux que je peux, pour que cette force qui m’habite puisse soutenir la leur.

Accepter ce mouvement qui pénètre toutes les cellules de mon corps en donnant l’impression que tout est éternel, pour ensuite, comme une vague, retourner vers le large. Ne pas résister, respirer. Vivre.