Je voulais écrire un texte articulant mes pensées sur la recherche de la sagesse, puis je me suis dit, non, ce n’est pas la recherche. Si on la poursuit, c’est qu’on l’a déjà entrevue, et qu’on la préfère déjà à tout. C’est donc plus juste de dire la poursuite de la sagesse. Je voulais écrire que la sagesse, c’est la vie elle-même, dans sa plénitude, puis je me suis demandé « qu’est-ce que la vie? qu’est-ce que la plénitude? », et je ne trouvais pas de réponse, pas de mots. Je voulais écrire qu’on ne peut la piéger ou l’attraper comme une proie, que tout le chemin qu’on fait en la poursuivant est un constant dépouillement pour pouvoir l’accueillir lorsqu’elle se donnera à nous, mais j’ai trouvé tout ce que j’écrivais prétentieux, puisque je n’en sais rien, à vrai dire.
Je voulais écrire que c’est parce qu’on se sent impuissant-e à soulager autrui de sa souffrance, de son mal-être, qu’on se met à la poursuite de la sagesse, puisqu’on se rend compte que son propre mal-être vient en travers de notre désir de soulager autrui, mais là aussi, je n’en sais rien. Peut-être que ce n’est qu’une illusion. Je voulais écrire qu’on désire la sagesse comme on désire de l’eau fraîche en pleine sécheresse, et que lorsqu’on la trouve, on veut en devenir un puits, un vaisseau de cette eau, pour permettre à d’autres de s’y abreuver. Je voulais écrire tout cela, mais au fond, qui suis-je pour en parler?
Je voulais écrire encore bien d’autres choses, mais la sagesse n’a pas besoin de tant de mots. Elle se livre dans le silence, dans l’écoute du chuchotement d’une brise imperceptible, le murmure de l’eau, le battement d’un coeur, le souffle régulier d’une respiration, dans le regard bienveillant qu’on pose sur les autres. Elle se livre dans l’immensité des forêts, dans les profondeurs du Fleuve, dans la perfection d’un être microscopique, dans les explosions de magma des volcans. Comme disait le psaume qui était toujours chanté le jour de mon anniversaire, au monastère « Écoute ma fille, regarde et tend l’oreille… »