Il y a environ cinq ans de cela, peut-être six, j’étais terriblement angoissée, et, comme souvent dans ces cas-là, je me suis enfermée dans ma chambre, me suis couchée sur mon lit, et me suis obligée à faire face à cette angoisse, en la laissant m’envahir, me prendre à la gorge. Par expérience, en la laissant faire, en laissant monter tout ce qu’elle a à me dire, cette angoisse, elle finit par se dissoudre. Souvent, ça finit par un sommeil paisible et réparateur.
Ce fut le cas, cependant, cette fois, ce sommeil fut accompagné d’un rêve que je n’ai jamais oublié. Je ne crois pas à grand chose, cependant, quelquefois, les choses ont besoin d’images et de symboles pour se dire.
Dans ce rêve, il y avait deux parties. Toutes deux se déroulaient autour de la maison de Notre-Dame-du-Portage, qui est, je crois, dans ma vie, l’archétype de « la maison », celle qui fut le plus stable, et peut-être celle où j’ai connu le plus de joie et de chaleur humaine, et aux environs de laquelle j’ai pu le plus explorer la nature, m’attacher au Fleuve, qui n’en était qu’à quelques mètres.
Dans la première partie, c’était la nuit, et je retrouvais une baleine, un immense cachalot échoué. Je me souviens de mon sentiment d’impuissance, mais il me parla, sans mots, et me dit quelque chose que je ne comprenais pas, mais qui annonçait quelque chose de l’avenir, en cherchant à me rassurer. Par la magie des rêves, je réussis à le ramener au large, où il disparut. Je nageais ensuite avec cinq épaulards, comme si j’étais l’un d’eux.
Dans la deuxième partie, il faisait toujours nuit, et je me retrouvais sur le toit de la maison, à regarder par la fenêtre quelque chose de terrifiant qui se passait à l’intérieur, sans que je puisse le décrire. J’étais paralysée par la peur. Jusqu’à ce que cinq loups blancs surgissent et m’entourent. Je comprenais que c’était les épaulards qui s’étaient métamorphosés.
Je me suis réveillée, avec un tel sentiment de paix et de clarté, une telle force, que je m’en souviens encore et que j’y puise encore, parfois, la force nécessaire pour être heureuse. En m’imaginant qu’il y cinq loups blancs/épaulards qui me gardent, et un cachalot qui me fait un clin d’oeil au large.