« Quand est-ce qu’on arrive? » – Une question souvent répétée par les enfants qui trouvent le temps long en voyage. Ou par ma tête, qui doit ingurgiter une centaine de pages de théorie politique pour lundi, après les lectures pour le cours d’éthique. Ce qui est bien, c’est que je n’ai que deux séminaires, ce qui me permet de prendre le temps de bien comprendre les textes que je lis. Par contre, c’est quelque chose qui prend plus de temps que la lecture en diagonale. Alors je regarde souvent le petit marqueur jaune que j’ai collé à la page fatidique indiquant la fin de la lecture. Et je compte mentalement les pages qui me restent. Ce que je lis ainsi, c’est On the People’s Terms: A Republican Theory and Model of Democracy, de Philip Pettit. En réalité, même si je m’impatiente en cours de route, c’est une lecture absolument passionnante et intéressante quant aux possibilité qu’elle ouvre et à l’inclusion de modèles faisant défaut à la théorie soi-disant idéale (et irréaliste) de Rawls.
Enfin, j’aurai certainement l’occasion d’en reparler, puisque je devrai me taper tout le bouquin pour le séminaire, et un autre du même auteur, pour mettre en place le cadre de ma recherche de maîtrise.
Deuxième semaine de jeûne Facebook, et je m’en félicite, puisque je n’aurais certainement pas pu être assez assidue dans mes lectures pour en retirer une bonne compréhension et ainsi avoir la confiance pour pouvoir intervenir en classe. Par ailleurs, j’ai déjà construit un semblant de squelette pour ma dissertation finale dans le cadre du cours d’éthique. Il y aura certainement de nombreuses modifications à y apporter, mais ça me donne une base à travailler. Je me dis que, puisque je n’ai que deux cours, je me dois de faire de mon mieux et d’y apporter toute l’attention en mon pouvoir. Pas seulement pour les notes, bien que ce soit également un facteur – quand il n’y a que quelques séminaires prévus au programme, il n’y a pas beaucoup de marge de manoeuvre, mais également parce que j’en profite pour acquérir une meilleure maîtrise de la recherche et de l’écriture, de la discussion philosophique, pour mieux comprendre ma discipline et gober le plus d’information et développer mes compétences du mieux possible.
À travers tout ça, je réfléchis à mon bac, et je me rends compte à quel point les problèmes financiers ont hypothéqué mes études, puisque je me souviens davantage des angoisses et du temps passé à réfléchir à comment j’allais boucler la fin de mois que des textes et des auteurs vus dans le cadre de mes cours. Je le regrette, d’ailleurs, car certains cours et une meilleure compréhension des sujets vus en classe m’auraient bien servie en ce moment. Mais bon, je ne peux pas y faire grand chose, sauf me concentrer sur les lectures à faire en ce moment. J’ai ressorti mes vieux livres survolés au bac pour tenter de récupérer un peu, question de mieux faire les liens nécessaires pour les cours présents. Faudra aussi que je revois les directives de lecture et de rédaction de textes philosophiques.
Le curieux effet de l’abstinence facebookienne est que je me sens relativement isolée du monde, un peu comme cloîtrée, d’une certaine manière. Ce n’est pas quelque chose de négatif, surtout au plan du travail et de la réflexion, ainsi que de la présence au moment présent. Cependant, cela me fait réaliser à quel point cette plateforme me donnait l’impression d’avoir une vie sociale hyperactive. Maintenant, je dois décider de sortir de chez moi ou d’organiser des rencontres pour voir et échanger avec des gens. Aujourd’hui, par exemple, il me fallait sortir lire dans un café pour changer d’air, et j’ai eu l’agréable surprise de rencontrer de manière inattendue deux personnes de ma connaissance, dont l’une que je n’avais pas vue depuis fort longtemps. Hier, je suis allée faire la livraison d’un portrait, ce qui m’a également donné l’occasion d’avoir des conversations très intéressantes. Il me semble être plus présente, plus disponible à la rencontre, puisque mon esprit n’est pas distrait par des centaines d’autres choses. Par contre, le goût de la solitude (et un rhume, pour être tout à fait juste), m’a gardée à la maison hier soir, alors que je devais me pointer à une fête. J’étais partie sur mon idée de rédaction et devais mettre tout ça par écrit.
Tout ça rend également ma pratique sportive plus assidue, et me permet de veiller à une meilleure alimentation et au contrôle de mon habitude de me ronger les ongles. Heureusement par contre qu’il y a la perspective de retourner à Tadoussac l’été prochain, pour casser la routine qui s’établit. C’est une bonne chose vu le besoin d’organiser la quantité de travail qui demande une bonne discipline personnelle et pas mal de temps, mais je suis bien heureuse qu’il y ait un changement prévu qui me permettra de me reposer la tête un peu – quoique je poursuivrai sans doute mes recherches et mes lectures. Je continuerai sans doute à limiter ma présence sur Facebook, ne serait-ce que pour profiter de la nature là-bas.
En réfléchissant à mon bac, j’ai aussi réalisé à quel point ma confiance en moi a grandi depuis. Je demeure quand même incertaine quant à mon degré de compétence académique, mais il y a quelque chose de tellement plus solide, qui me permet de relativiser et dédramatiser. Je donne le meilleur de moi-même et, étant une personne très intense, c’est très demandant, et j’ai mes doutes, mais je me sens ancrée. Que ce soit parce que j’ai également la corde « artiste » à mon arc, ou celle de « Tadou », ou encore mon implication politique passée, ma psychothérapie, la réussite de mon bac, mes amitiés, mes relations familiales, je sais que j’ai une place dans ce monde. C’est un sentiment qui est nouveau, je crois. Il ne me semble pas l’avoir jamais ressenti auparavant, et c’est particulièrement saisissant. J’ai l’impression de n’avoir de comptes à rendre à personne, tout en étant consciente de tout ce que j’ai reçu de tout le monde. En fait, je ne suis pas encore habituée et ne sais pas encore très bien comment gérer cette nouvelle affaire-là. Je me dis que ça risque d’être pratique.
Voilà pour le bilan hebdomadaire, en attendant de pouvoir aller voir ce qui m’attend demain sur Facebook (c’est presque comme si je sortais au cinéma!).