Je crois que j’aimerais bien illustrer des contes de fées, les contes traditionnels, que chaque génération reprend à sa manière. Ce soir, après une bonne journée, ménage, lecture, un panel sur le cinéma engagé et son esthétique, je me suis retrouvée à regarder par hasard un épisode des contes de Grimm, et c’est comme si j’étais retournée à l’époque où l’on me lisait ou je me lisais ces contes. Le langage, les codes, la vie étrange qu’on y mène et les aspirations qui se sont forgées autour de ces images, de ces histoires. Créer un sens aux obstacles rencontrés, espérer mieux, voir l’esprit malicieux et fûté qui se joue des ambitieux. Des tas d’images qui me viennent à l’esprit et auxquelles j’aimerais donner vie, pour rien sinon pour le plaisir de les voir exister.
Cela, et tout à l’heure, vagabonder sur les sites à regarder les couleurs à l’huile, imaginer les combinaisons de teintes, regarder les prix du matériel. Depuis quelques temps, c’est vraiment présent, cette obsession du retour à l’huile. Un peu comme cet été, le retour à l’aquarelle s’est fait pressant. Dans le métro, tout à l’heure, cette conviction sans équivoque, « je suis peintre d’abord ». Oui, bien sûr, la philo. Il le faut, il me faut pousser jusqu’au bout cette avenue, défricher les possibles de ce champ, mais qui je suis, le coeur de l’arbre, ce qui contient ma vie et qui communique des racines jusqu’aux feuilles, c’est cette nature de peintre. Je le comprends peu à peu, en fait, ce qui m’est donné n’est pas un choix, ou bien ou bien, mais l’acquiescement à quelque chose d’impérieux qui m’habite et auquel je dois dérouler un tapis rouge, au service duquel je dois me mettre. Chercher les avenues, ouvrir des voies pour que cette vie puisse sortir de moi, et oui, ce sera souffrant, et demandera mes forces, mais si je veux être au plus fort de moi-même, je dois le faire.
Je pensais ce soir, du même coup, à ce que je fais. Des visages. Je serais heureuse de peindre à l’infini les multiples visages humains. Plus je les peins, plus j’en suis émerveillée, plus j’y vois la délicate fragilité de la vie, et les infinies variations minuscules d’un visage à l’autre. C’est cette force, cette beauté et cette fragilité de la vie humaine qui me nourrit, me ressource et m’émeut. Il devient impossible de penser, de justifier un tant soi peu qu’on défigure un visage humain, peu importe lequel, en lui arrachant sa dignité, lorsqu’on passe des heures à contempler ces visages. C’est parfois la seule prise que j’ai sur ma propre humanité, alors que le reste voudrais sombrer dans le cynisme ou pire, la haine.