Du sable, du sang, de la boue, de la salive, de la semence, tout commence, tout se termine, devant le fleuve, dans son grand lit, les épinettes sifflent, les odeurs se mêlent. La vie s’étale en long, en large, en hauteur, sur le temps qui passe.
Le sang se mêle à la boue, le sang se perd, dilué dans la sève des arbres, le sang des morts éclatés qui tapissent le sol. Tirés vers les entrailles de la terre, les corps se désagrègent et se reforment en d’autres encore, vermisseaux happés par des oisillons qui s’envoleront du nid au printemps, à leur tour dévorés par un renard, qui sait.
Dans les vapeurs joyeuses de l’alcool, des sueurs mêlées par la musique qui les emporte, deux corps se couchent l’un sur l’autre, empressés. Une autre danse fait suite aux autres qu’elles ne faisaient que préparer, haletante et chaude, faite de boue, de salive et de sang, de semence éclaboussée.
Au matin, plus rien ne reste, les corps se séparent, ne se reconnaissent plus. Ils retournent à leur monde, qui camoufle le sang, la boue, le sable, la sueur, la salive et la semence sous le béton et l’asphalte, les parfums synthétiques, et le temps qui passe sous le cliquetis des claviers.