Il y a quelques jours, le métro quittait la station et j’ai entrevu, le temps d’un clin d’oeil, Pierrot le Vagabond, ce vieil homme sympathique rencontré cet été qui m’avait aiguillé vers l’écriture. Vêtu d’un manteau d’hiver, sans son chapeau, son sac et son bâton, il ressemblait à des milliers d’autres hommes âgés qui prennent le métro l’hiver à Montréal. Mais c’était Pierrot, en suis sûre. Et j’ai eu un petit serrement de coeur. La vie si étroite dans laquelle je marche sagement depuis mon retour me semble souvent étouffante. La louve est dans sa cage, elle dort. Je la réveille quelques fois par semaine pour courir. Elle s’évade sauvagement lorsque l’alcool et la musique endorment sa cage vivante.
Il y a Marin, aussi, que j’ai croisé, jouant de la guitare dans le métro. Il était dans le bus lorsque je suis arrivée à Tadoussac l’an dernier. Un fêtard de première classe, il a dû plier bagage suite à des incartades au travail. Philippe, le drôle de musicien qui joue dans un bateau de carton-pâte, qui jouait cet été sur la baie. Je les croise, on se sourit. Je ne sais pas s’ils se rappellent de moi. Mais c’est le rappel du grand vent fou venant du fleuve.
C’est dans le coeur de l’hiver que ces souvenirs se font lancinants, comme des gerçures avivées par le froid. C’est dans ces moments que je me sens tellement loin de moi-même, que j’ai envie de me perdre dans le vent, d’arriver comme une naufragée aux portes du printemps.