Ce point d’équilibre m’étonne toujours. Ce moment où je prends conscience que je ne désire rien ni personne, où je suis entièrement dans le moment présent.
Il dure toujours quelques minutes, un arrêt dans le temps. Un instant funambule posant un seul pied sur la corde raide, un instant aérien, sans aucun poids, comme si le temps s’arrêtait un premier vrai jour de printemps, l’air léger, le soleil donnant simplement envie d’exister.
Ce moment précieux survient à l’impromptu. Dans le métro, soudain, j’existe. Ou devant le fleuve sous une bruine passagère. On ne le cherche pas, on ne le retient pas non plus. Chacun me transforme, d’une fois à l’autre, je le reconnais mieux, comme on reconnais un visage ami. Il survient comme un bonheur tranquille et laisse son sillage pétillant dont le souvenir me reste jusqu’au prochain. Sagement, comme on attend les saisons, je poursuis ma route.