Vague de tempête

Chaque fois que je passe devant les grandes portes vitrées de la gare, où passent les autobus qui se répandent sur les routes du Québec, un souffle ébranle les rideaux de mon esprit, une bourrasque violente que je réprime, pour le moment. Partir.

 

 

Cette vague de fond est tellement forte que le refus d’une journée de congé pour honorer mon rendez-vous au cours de conduite me rend furieuse. Une colère noire réprimée dans le silence de ma chambre. Je ne peux l’exprimer à personne encore, mais ils ne perdent rien pour attendre. Premièrement, appeler dès l’heure d’ouverture l’école afin de changer le jour du cours. Si cette tentative fonctionne, retour au calme. Sinon, j’aviserai le gérant que je ne serai simplement pas présente jeudi. Rien ne peut m’empêcher de partir, et pour partir, je dois obtenir ce permis qui me nargue depuis déjà une décennie, repoussé sans cesse par mille et une circonstances adverses.

 

La colère serre mes tempes dans un étau et me donne envie de pleurer. Déjà que la cage me semble étroite, déjà que responsabilité sur responsabilité s’amoncellent sur ma tête comme des nuages d’orage, quand toute une partie de moi hurle son refus, puisque je dois de toute manière partir. Je peux tout prendre, tout accepter, si c’est pour pouvoir repartir. Cependant, dès lors qu’une chose contrecarre le projet, il doit sauter, comme un barrage sous la pression de l’eau. Ce fleuve qui coule dans mes veines peut être docile au cours de l’existence, tant que celui-ci l’amène à l’océan.

 

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