Je les observe. Je reviens de l’île Ste-Hélène, où j’ai tenté de courir un peu, désagréablement interrompue par la présence de multiples arpenteurs et ouvriers alors que je voulais suivre le cours de mes pensées. En traversant le pont, je regarde sous moi. Sur la pointe extrême d’une île, entre les rives. Un conteneur de déchet. Un tapis roulant, six personnes qui trient. Je les regarde attentivement. Elles ont toutes la peau sombre. Le spectacle est lancinant. Littéralement isolées, dérivant sur ce Fleuve, au milieu des gravats, des barils rouillés, des monticules de rebuts, elles trient les restes rejetés par la consommation effrénée.
Au-dessus d’elles, le pont. Le vrombissement des moteurs indifférents passent sur leurs têtes penchées sur les détritus. Pour les voir, il faut être à pied, à vélo, peut-être, quoi la vitesse ne laisse guère le temps de s’arrêter. Je ne les entends pas. Les moteurs sont trop proches, leurs voix trop lointaines. Je me demande qui elles sont. Sont-elles nées ici? Sont-elles arrivées leurs sacs plein d’espérance? Comment se retrouve-t-on au bout d’une île entre deux rives à trier des déchets? Pourquoi était-ce seulement des peaux noires qui brillaient là dans le soleil pâle d’un matin d’automne?