Recherche d’emploi, entrevues, élections, réunions, abonnement à la bibliothèque, déménagement plus ou moins par étapes, planification de l’utilisation des moyens de communications, pourriture d’une crise sociale artificielle, traduction, contrats variés, début d’un travail, visites, cours de conduite, lecture de plus en plus intermittente, écriture se raréfiant, comme mon espace pour respirer. Je suis happée par le chaos organisé qui m’entoure et dans lequel je me sens étrangère.
Je hais ce rythme. J’y existe parce que je le dois, sous la pression des structures dans lesquelles j’évolue. Mais je vois rétrécir le temps que j’aime. Ce temps qui me permet de laisser mon esprit former des images, des idées, de les travailler, de les ciseler pour en faire des projets aboutis. Je n’en dispose plus que rarement, lorsque je me lève très tôt après une bonne nuit de sommeil et que j’ai quelques heures de silence. Je suis sagement le programme que je m’étais établi. De l’argent pour partir, mon permis pour partir, lire, écrire (cette partie ne tient pas tellement la route, mais c’était prévisible – après tout, les jours n’ont que 24h), et puis donner en politique, bien que cela me coûte de plus en plus. J’ai l’impression de retenir ma respiration en gardant le cap jusqu’à la prochaine bouffée d’air.
L’an dernier, c’était la colère qui me poussait à agir. Cette année, la colère s’est transformée en une profonde tristesse encore animée d’une lueur d’espoir, et c’est dans l’écriture que celle-ci peut trouver son repos. Dire. Laisser un modeste testament pour une pitoyable humanité qui se dévore elle-même, en laissant les cicatrices de son orgie cannibale sur une terre dont elle n’aura été qu’une infime fraction de l’existence et dont je ne suis moi-même que l’équivalent d’un grain de sable. Si au moins un grain de sable pouvait enrayer l’engrenage.