Les ombres de l’automne se font plus pesantes, sous la pluie d’octobre. Dans ma tête chantent Lhasa et sa profonde mélancolie. Le travail qui commence bientôt, les responsabilités me pèsent, le sentiment d’inadéquatude revient me hanter. Je voudrais m’enfermer et ne faire que lire et écrire tout mon saoul jusqu’à ce que mon âme soit vidée. Pouvoir aller courir des étendues désertes pour brûler ma vulnérabilité. Les vagues des marées d’automne me manquent.
Les humains me blessent.
Je lis, à la recherche des mots, je crois saisir une lueur au détour d’une phrase. Elle m’échappe. Je veux suivre cette flamme, pouvoir l’alimenter, la veiller afin qu’elle ne s’éteigne. Plus rien ne compte que cette flamme. Je veux être seule avec elle, fascinée par chacun de ses mouvements, la suivre dans les labyrinthes d’une mémoire qui est à la fois mienne et autre, être consumée par elle, dévorée. Tout me semble trop lourd, sa légèreté commande le dépouillement.
J’ai commencé le long pèlerinage.
Mon temps rétrécit. Je ne peux plus le perdre. La pierre est prête, taillée, il faut maintenant l’orfèvrerie pour la monter. Les inquiétudes naissent sous les pas sombres qui mènent à l’hiver.