J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,
Parce qu’on les hait;
Et que rien n’exauce, et que tout châtie
Leur morne souhait;
– Les contemplations, Victor Hugo
Quatre ans. Je joue dans l’herbe, lorsqu’une douleur aiguë à la cheville se fait sentir. La cheville enfle, deux petites marques rapprochées sont visible. On fait tremper dans l’eau froide et on diagnostique une piqûre d’araignée. Je crois que c’est la première fois que je ressens une sorte de peur d’une bestiole.
Nous venons d’emménager dans une maison. Notre première maison. Le 2, première avenue, à Iberville. C’est une vieille maison, dont la galerie est très fréquentée par les araignées. De toutes tailles. De grosses araignées au derrière charnu, qu’on chasse à coups de balai. Pourtant, je n’en ai pas tout à fait peur. Elles dévorent les mouches et moustiques, beaucoup plus embêtants. Mon frère, ma sœur et moi avons l’habitude d’inventer de petites chansons, et l’une d’elle parle de chasse aux araignées.
Deux-Montagnes. La maison où nous arrivons fut inhabitée (par des humains) pendant deux ans avant notre arrivée. Il y a une cave en terre dessous. La proximité du crée un climat humide. Les vignes grimpantes et touffues du boisé derrière la maison forment un rideau végétal un peu inquiétant. Et puis un jour, c’est la rencontre. Nous jouons à glisser dans l’escalier. Ma mère est à la cuisine. Nous levons la tête, et nous sommes terrifiés. Il y a un monstre sur le mur, une énorme araignée grosse comme la main, poilue et immobile, qui semble nous observer. Nous hurlons en choeur, évidemment. Lorsque ma mère arrive, elle prend sa chaussure et la lance contre le mur, faisant exploser la monstrueuse créature sur la vieille tapisserie qu’on enlèvera avec les rénovations. Dès lors, des araignées hantent nos cauchemars et même les petites font l’objet d’hostilité.
Il faudra des années avant que l’araignée ne redevienne une bestiole fascinante et amicale que je côtoie avec un brin de tendresse. Ce sont leurs toiles, fabuleuses créations, qui m’ont réconciliée avec elles. Et puis leur curieuse anatomie : quatre yeux, huit pattes, vraiment. Un jour où je repeignais les corniches d’une maison, je m’amusais avec les araignées sauteuses. Elle suivait mon doigt, puis après quelques fois, elles se lassaient du jeu et repartaient vaquer à leurs affaires.
J’écrase bien sûr encore des araignées de temps en temps. Mais lorsqu’elle ne font pas obstacle à mes occupations courantes, j’aime les laisser se promener à leur guise, comme de minuscules voisines dont j’aime bien la compagnie, pourvu qu’il y a une certaine distance qui nous sépare.