Nomade

Une pièce fermée par un rideau au rez-de-chaussée. Une fenêtre. Un piano. Une chaise berçante. Le tapis de sol et le sac de couchage installés. J’ai emménagé avec mon sac à dos. J’ai ce qu’il faut. Mon ordinateur, sur lequel j’ai commencé à pianoter mon livre, dépouillant tranquillement les pages écrites sur le cahier cet été. Une cellule dépouillée presque monastique. Il faudra que j’aille récupérer mon téléphone demain. Sans internet, cela devient le seul moyen de pouvoir rejoindre ou être rejointe par le monde extérieur. Un souper frugal.

Je note tout dans mon agenda. Demain, des rendez-vous. La bibliothèque, des achats, la recherche d’emploi, un envoi de factures pour la traduction. Peut-être, en attendant de trouver, devrais-je faire les démarches pour le chômage ou l’aide sociale, question de pouvoir compter sur un revenu. Avec un loyer aussi modique, peut-être pourrais-je au moins mettre un peu de côté le temps de trouver un travail plus lucratif que la trad et l’écriture. Un rendez-vous pour une jobine de plonge. Je ne suis pas malheureuse. Cette semi-retraite est bienvenue. J’ose espérer qu’elle sera fructueuse quant à la création. Il faut seulement que je m’organise. Peu importe, il me faut une discipline de vie qui me permette de travailler sur ce projet. J’ai apporté avec moi les quatre livres empruntés à la bibliothèque, ceux de Barnes et McEwan, que j’ai presque terminés. J’ai également pris, avant de partir, les « Lettres à un jeune romancier » de Vargas Llosa, me disant que ce pourrait être utile.

Nomade. Je ne suis chez moi nulle part et partout. Seule la Côte-Nord me semble satisfaire aux critères d’un port d’attache. La chambre chez Éric me semble ce qu’il y a de plus proche, bien que cela ne soit aussi qu’un chez-soi transitoire. Un jour. Pour l’instant, tous mes projets ne sont que mouvement : expédition, kayak, permis de conduire, voiture, travail saisonnier à Tadou. En fait, demeurer là-bas l’automne prochain me semble ce qu’il y a de plus stable dans mes projets de la prochaine année. Écrire, même écrire, c’est bouger, c’est construire, c’est avancer sur un chemin un peu incertain, inconnu.

Je n’ai pas l’heure. Demain matin, je me réveillerai avec le soleil.

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