De retour à la planification du temps. Mon agenda, resté dans le fond d’un tiroir tout l’été, vu que mes horaires de travail et les projets tenaient sans peine dans ma mémoire, que les jours se suivaient et que mes activités étaient principalement déterminées par le temps qu’il faisait dehors, reprendra du service. Avec lui, les éternelles remises à plus tard, la procrastination, tentative d’étirer le temps.
Aujourd’hui, pour la première fois depuis juin, j’ai une liste de choses à faire.
Ce n’est pas tant les vacances et les grasses matinées qui me manqueront. Je n’ai pas vraiment eu à proprement parler de vacances, puisque j’ai travaillé tout l’été, et je n’aime pas les grasses matinées. J’ai toujours quelque chose à faire, même si ce quelque chose, c’est de passer du temps à regarder le fleuve ou à marcher pendant des heures. En réalité, j’aime planifier en fonction d’un objectif à atteindre, seulement, j’aime prendre tout le temps nécessaire pour faire les choses. J’aime me lever en même temps que le soleil, j’aime la pluie qui ralentit un peu tout.
Cet été, en arrivant, les côtes omniprésentes dans ce village m’ont donné un peu de fil à retordre, mais je me disais qu’après quelques semaines, il n’y paraîtrait plus, et c’est ce qui est arrivé, je le constatais hier encore. De même, bien qu’une certaine routine soit nécessaire pour écrire, le temps ne doit pas être compressé de manière à effaroucher toute velléité de création. Un animal sauvage ne s’apprivoise qu’avec beaucoup de temps et de patience. Ce n’est qu’en aménageant l’espace dans le temps que les idées peuvent se pointer dans mon esprit et devenir plus qu’embryonnaires.
C’est ce rétrécissement du temps synonyme du retour en ville qui m’angoisse. Les idées viennent et vont si rapidement, les listes et les agendas remplis en empêchent la nidation, engendrant la frustration douloureuse de l’infertilité. Pour que la gestation se porte à terme, il faut le temps, l’interminable attente dans laquelle les tentatives prennent forme, les distractions s’évanouissent et les phrases, toujours à recommencer, coagulent. Bousculées, elles disparaissent en un tas informe.