Et on se recroqueville pour se préparer. Une coquille d’escargot, des gants de boxe. Ça devrait aller.
Au printemps passé, mon frère me demandait si je voulais être heureuse. Ce que j’ai répondu m’a étonnée moi-même, je n’y avais pas vraiment réfléchi, à cette question. Dans mon esprit, en fait, être heureuse n’est guère un objectif en soi. Faire de son mieux et la satisfaction qu’on en tire, surtout lorsqu’on travaille avec d’autres pour la justice, c’était ce qui pour moi se rapproche le plus du bonheur. Puis me vint le rappel de l’extraordinaire bouffée de liberté que je ressens lors des instants passés seule en contemplation devant le fleuve, ou à marcher sans réel but le long de ses rives ou en forêt.
Puis cet été, rencontre avec Pierrot le Vagabond, un curieux vieillard heureux, qui entretient sa propre légende comme on sculpte une œuvre d’art. Lui aussi m’a posé la question du bonheur, sous une autre forme. Mon rêve, quel est-il? Pas de réponse immédiate. Seulement, au fil de la conversation, nous avons parlé politique, philosophie, droit et littérature. Il a fait le truc du miroir, comme je me plais à l’appeler. Je l’utilise aussi lorsqu’une personne me demande ce qu’elle devrait faire dans une situation donnée. « Lorsque tu parles de philo, ou de politique, ou de droit, ce que j’entends, c’est que tu es certaine que d’autres seraient bien meilleurs que toi et que tu le fais par devoir, alors que lorsque tu parles de littérature, d’écriture, ton visage s’illumine malgré toi et tu sembles certaine que tu as quelque chose d’unique à apporter. » En effet.
Un peu plus avancée, donc. Les limaces avancent tranquillement.
Dans ma rue, lorsqu’il pleut, on peut voir des flaques gluantes sur l’asphalte. Les limaces s’aventurent sur la rue pleine d’eau, se font écraser par les voitures, et d’autres limaces, appâtées par la perspective, viennent se délecter des restes tartinés de leurs congénères, laissant des circonvolutions baveuses derrière elles. Un peu comme les êtres humains, dans le fond…