Épais brouillard grisâtre, tu caresses les arbres.
Vagues bruyantes, de toutes les nuances de bleu jusqu’aux teintes vertes et dorées, tu roules sur le sable.
Pluie, monotone et rassurant cliquetis sur le toit métallique, tu tombes.
Courants du fleuve, vous vous entrechoquez.
Crêtes d’écume jouant avec le vent, tu folâtres à la surface.
Lac aux eaux verdâtres sur les rochers couverts d’algues rouges, tu scelles en ton sein des profondeurs inquiétantes.
Marécage aux eaux stagnantes, immobiles, tu sembles attendre que quelqu’un y tombe pour le dévorer, comme ces plantes carnivores qui croissent sur les souches pourries qui te jonchent.
Chutes bouillonnantes, tu te fracasses sur les cascades de roc.
Domestiquée, tu coules à flot dans nos maisons pour emporter ce que nous dédaignons.
Empoisonnée par nos avidités, tu portes la mort en toi.
Nuées changeantes aux grés des vents, tu parcours l’atmosphère.
Glace aveuglante et millénaire des sommets et des pôles, tu témoignes de temps immémoriaux.
Neige cristalline, lourde mante ou poudrerie, tu t’étends sur nos hivers.
Débâcle printanière, tu annonces la fin de l’hiver.
Gemme rare des déserts, tu en est le trésor le plus précieux.
Sève, sang et lymphe, tu coules au plus intime des vivants.
Océans insondables, lacs, rivières qui courent, mince filet boueux, clair ruisseau, force fragile, tu contournes les obstacles, les creuses ou les écrases, tu donnes la vie et tu apportes la mort.
Tu es l’eau, opaque, translucide et transparente.