Conclusion d’un été

Depuis le début de cet été que je me prépare au départ qui pourtant arrive si vite et de manière si douloureuse que je n’en finis plus de me déchirer. Chaque instant de ces quelques mois est gravé dans ma « collection de bonheurs » qui nourrit les moments arides qui ne manquent jamais d’arriver. J’ai atrocement peur, peur de tous ces flots de gens dans les lumières brutales de la ville, peur de tous ces bruits stridents, de ces rythmes fous qui me font retenir mon souffle, peur de me perdre de vue, de me retrouver étourdie dans les millions de distractions. En fait, c’est déjà commencé. Je m’y prépare déjà, me confectionnant dès maintenant une cuirasse pour repartir en guerre.

Hier, couchée sur la roche, bien au chaud dans mon sac de couchage, je regardais les déferlantes scintiller au soleil, dans l’odeur d’automne de la forêt mêlée à celle du large, en essayant d’emmagasiner la totalité de ce qui m’entourait. Lundi prochain, je serai assise dans une assemblée générale, et je reprendrai probablement le service. Je ferai de mon mieux, comme à l’habitude, tout en étant convaincue que bien d’autres feraient mieux que moi, comme si je portais des vêtements trop grands pour moi, tout en croyant toujours que je pourrais faire mieux, que je n’en fais pas assez. D’ici, je me prépare afin de me garder du temps. Je veux écrire mon livre. Faire ma recherche. Pour cela, il me faudra jouer à cache-cache avec moi-même. Mon plan: ne pas avoir l’Internet chez moi, passer du temps à la bibliothèque, travailler sur ce projet en dehors de chez moi.

Et puis, il y a les projets de fond, ceux qui me rappellent le cap: la randonnée en Écosse, le retour à Tadoussac, le permis de conduire, le projet de certification de kayak de mer, le grand projet de longer la Côte-Nord en kayak, puis emménager sur cette Côte-Nord! Ça me permettra de continuer à respirer.

À travers tout ça, il y a les amiEs, les ancienNEs, les nouveaux et nouvelles, les futurEs, à qui je dois beaucoup et qui sont témoins de ma vie. C’est parfois difficile de ne pas oublier à quel point la chaleur humaine permet de traverser l’adversité. À force d’avoir besoin de partir toute seule dans le bois, je finis par croire que je n’ai besoin de personne. Et pourtant, pourquoi est-ce que j’écrirais si je n’avais pas besoin des autres?

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