Vivante

Il est des jours où je me sens extraordinairement vivante. Comme si chaque fibre de ma chair, chaque goutte de sang était gonflée d’énergie, de telle sorte que je ne sente plus vraiment la force de la gravité me retenant au sol, en même temps que je fais complètement partie de la terre où je marche. Dans le soleil de juin ou septembre, ou encore dans la neige de février.

C’est par un jour comme ça que je me faisais la réflexion que je n’avais aucune envie qu’on me dise que je suis belle, intelligente ou même que j’ai l’air heureuse. Je m’en fout, et je me réserve le droit d’être la principale juge sur ces questions de toute manière. En fait, je crois que le plus beau compliment qu’on puisse me faire, c’est simplement: « Tu as l’air vraiment vivante » – en effet, c’est la seule chose qui compte réellement et qui puisse m’aider à voir si je suis là où je dois être.

Je n’aime pas partir loin de ce que j’aime. En ce moment, je meurs un peu et mon être est sur la corde raide. Généralement, ce sont des moments où je ne me sens ni belle, ni intelligente,  ni heureuse, et où j’ai seulement envie d’être triste et de le dire à tout le monde. Cependant, cette douleur me rend elle aussi consciente que je suis vivante, que j’appartiens à un lieu, que j’aime des gens et que je suis qui je suis, peu importe de quel côté souffle le vent. Je n’ai jamais attendu de la vie qu’elle me rende heureuse, ni qu’elle soit indolore, au contraire, elle s’est souvent montrée impétueuse et telle une violente bourrasque, m’a souvent dépouillée d’oripeaux inutiles. C’est là aussi, dans la tempête, que je me sens extraordinairement vivante.

Une réflexion sur “Vivante”

  1. […] que je me foutais d’être belle ou intelligente, mais que je voulais me sentir vivante. Aujourd’hui encore, c’est ce sentiment qui m’habite. Le reste est secondaire. […]

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