Ça, c’est de Camus.
Hier soir, après avoir écrit une petite histoire d’une dizaine de pages, je réfléchissais à ce qui m’animait, à ce que j’avais envie de mettre en mots. Je repensais aux auteurs qui m’ont marquée, à ceux qui ont fécondé ma pensée. De Dostoïevski qui possède la première place, celle du premier, du grand amour dévorant de la fin de mon adolescence, à Ian McEwan (« Cement Garden ») et Julian Barnes (« England, England »), en passant par Milan Kundera et ses « Risibles amours », Boulgakov (« Le Maître et Marguerite ») et Doris Lessing (« The Golden Notebook »), il y a, traversant ces œuvres, un sentiment du grotesque éclaté de la vie, à travers les prosaïques existences humaines. L’absurde.
Ce matin, en me réveillant, m’est revenu le souvenir de Sisyphe. Le Sisyphe de Camus, celui que j’avais rencontré à 22 ans et qui contenait en lui cette force de l’absurde qui permet d’être à la fois heureux (ou heureuse) et désespéré-e. De voir l’immense beauté du monde et son ridicule absolu. Le point de bascule entre raison et folie, que l’on peut étirer à l’infini et remplir de tout ou vider de sens. Un point de rupture dans le temps qui respire, dans un rire fracassé.
Une image de « Adieu, vive clarté » de Jorge Semprun (je crois qu’elle vient de là) me revient souvent: celle de la soirée de poésie, où des prisonniers mourants, tenant à peine sur leurs jambes, se remémorent poésies ou chansons, récitent, se rattachant ainsi pendant un court instant à une humanité qui leur est déniée.