À la veille de l’écriture…

Ce n’est pas exactement l’angoisse de la page blanche, parce que je n’ai pas de mal à écrire. Je n’ai pas de mal non plus à planifier le projet, à structurer ma recherche, à visualiser le but. Mais maintenant, il faut que je lâche prise, que j’écrive, et c’est là que la peur me prend. J’ai peur d’écrire n’importe quoi, de ne pas arriver à rendre ce qui m’habite, de mettre au jour des frange de moi que je n’aime pas.

Pourtant, je suis heureuse, car j’ai précisément trouver l’obstacle qu’il me faut affronter. C’est l’heure. Je suis rendue à cette étape. Il y a quelques années, je m’étais mise à écrire. C’était un premier jet. J’avais terminé la première écriture, mais c’était une pousse verte, qui ne faisait qu’égratigner la surface. Je n’étais pas encore prête à affronter les profondeurs. Je sais que maintenant, je le suis.

Il faudrait réunir les conditions optimales, aller chercher la perfection avant même d’avoir commencer. Être virtuose en posant le premier mot. Longtemps, cela m’aura retenue. La vingtaine m’aura appris la persévérance, et que pour se perfectionner, il faut d’abord apprendre. Et apprendre à écrire, ça se fait en écrivant.

Il fallait aussi la matière. L’espace intérieur, il me fallait le remplir d’échos, de souvenirs, il me fallait aller à la rencontre des humain-es. Il me fallait apprendre à aimer, à ne porter aucun jugement que celui de la bienveillance, me départir des barreaux dans lesquels j’enfermais les gens par inadvertance. Le monde est tellement plus compliqué, plus beau dans ses dédales, qu’on ne le voit. Un à un les fils qui retenaient ma plume ont sauté. Il en reste quelques uns, bien sûr, mais plus assez pour l’immobiliser.

 

 

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