Ce mot évoque pour moi la pousse qui sort de terre, le bourgeon, l’eau brisant les glaces qui la couvraient, tout ce qui est printemps, qui doit faire éclater le carcan, percer, tirer, afin de laisser la vie prendre son cours. Et puis il y a la fin du mot, ce son qui vient chercher d’autres mots, « entrailles », comme celles de la terre, « ferraille », comme de vieilles choses rouillées qui peuvent reprendre vie avec un peu d’ouvrage, et la paille jaune et chaude d’un jour d’été. Ces échos d’images dans ma tête se juxtaposent pour faire un tableau du printemps.
Et c’est le printemps qui m’habite. Le même évoqué par ce mot. Tiraillée. Entre ce que j’ai été et ce que je deviens, entre qui je suis, qui je veux être, qui je dois être et qui je peux être. Autant de fils qui s’enchevêtrent et nourriront le cours de qui je serai. D’un côté l’herbe sauvage qui voudrait le grand vent, l’air salin et les arbres, le travail des mains et du temps, de l’autre, le sentiment de devoir agir avec d’autres pour que le printemps arrive chez tout le monde et non seulement pour quelques personnes privilégiées. Comment concilier les deux? Et les trois, les quatre, les cinq, les infinis qui se côtoient et se mêlent jusqu’à en donner le vertige?