Dans deux jours, je vais enfin avoir le temps de penser, de flâner de longues heures le nez en l’air en regardant les arbres s’auréoler doucement de vert. Je pourrai aussi recommencer à regarder les gens, leurs habitudes, leur façon de marcher, de parler. À m’inventer leurs histoires en les écoutant. Dans le fond, après des années, le conte reste mon genre littéraire préféré. Les grands textes d’analyse, c’est génial, mais s’il-vous-plaît, dessinez-moi un mouton… non, racontez-moi une histoire.
Les histoires, c’est ainsi qu’on peut s’imaginer un avenir, auquel on rêve, qu’on espère et pour lequel on vit. Quand on n’a pas d’histoire à raconter, c’est qu’il nous manque d’imagination. C’est précisément ce qui m’inquiétait, depuis quelque temps, j’avais l’impression de ne plus avoir d’histoires à raconter.
Vivre dans le monde des médias, c’est d’une certaine manière s’abstraire des histoires, c’est inventer un monde sans histoires, et faire le temps, peut-être. Ou le défaire en oubliant tout ce qui n’est pas maintenant. Ou peut-être qu’on ne fait qu’écrire l’histoire du maintenant. Mais il y a a quelque chose qui sonne faux. Le temps rétrécit et nous enferme dans le présent. En tout cas, je n’aime pas cette histoire-là. Je m’y sens trop à l’étroit, comme si j’allais y étouffer.
Alors je retourne à d’autres histoires. En retournant chercher de la matière à tisser des contes. Agrandir ma collection de souvenirs. Il y a tellement de choses à raconter dans ce monde. La pierre qui est là depuis des centaines d’années, qui s’effrite doucement, mais sera encore là bien après moi. Le soleil sur ma peau trempée d’eau salée, avec un souffle de vent portant l’odeur des sapins. L’aigle pêcheur sur le rocher me surplombant. La grande dune de sable effondrée. La crique isolée par la marée. Les oursins observés pendant des heures. Le rythme des pagaies du kayak.
Voilà, je m’en vais à la recherche d’histoires.