Ma réaction aux explosions de Boston, aujourd’hui, comme lors de la tuerie dans une école primaire il y a quelques mois, m’étonne sans toutefois me surprendre. En effet, je voudrais bien, comme toutes ces personnes que je vois plaindre et compatir, me lamenter sur le sort des pauvres victimes. Pourtant, c’est une réaction cynique qui surgit, lorsque je ne peux même plus aller chercher une once de compassion virtuelle.
Comprenez-moi bien, sur les lieux, je serais probablement l’une des personnes qui interviendraient et ferais de mon mieux pour aider. Cependant, tout ceci me semble un cirque où le massacre d’enfants et des populations civiles un peu partout par l’armée américaine surpuissante, par celle d’Israël ou d’ailleurs, par les milices armées un peu partout, par les multinationales, où le viol est banal, bref, où ces horreurs ne soulèvent généralement qu’un bref haussement d’épaule, au mieux, au pire, provoquent des envolées lyriques à la défense de telle ou telle intervention, ou contre le féminisme qui exagère et je ne sais quoi encore. Alors lorsque les victimes sont étatsuniennes, je ne vois pas pourquoi je devrais pleurer davantage.
Pour moi, bien que je sache que ce sera encore tourné de manière à provoquer l’ire de la populace envers je ne sais quel nouvel ennemi qui menace le joyeux patriotisme américain, je me dis que c’est malheureusement peut-être la seule manière de casser le délire.
En fait, je m’en fout. Le problème, en ce moment, pour mon humble moi, c’est d’accepter cette étrange misanthropie et de continuer à trouver le monde beau, à continuer à agir et à faire confiance. D’être témoin des violences et des mépris indicibles tout en luttant pour mieux. Je ne sais pas encore comment ce sera possible. Sans doute en étant entourée de personnes qui travaillent dans le même esprit, comme je le suis en ce moment.
Sans doute aussi en allant puiser dans un air moins saturé, sur des territoires moins peuplés et plus sauvages, la mesure de la vanité humaine… En effet, bien que notre espèce soit une menace pour nombre d’autres avec lesquelles nous n’avons pas pu apprendre à coexister, la planète, comme le dit si bien George Carlin, demeurera bien après nous, bien après les massacres, les viols, les vols des ressources et des territoires, la faim et tout le reste.