On devrait célébrer les années d’amitié autant qu’on célèbre les années de mariage ou les anniversaires de naissance.
Ce matin, j’ai passé de longues heures, bien pleines, bien longues et si courtes, avec Ély, une amie, une vraie, de retour d’une tournée. Des heures où on prend le temps de vivre, de réfléchir ensemble, de se dire ce qu’on vit, les choses difficiles autant que les joies. Et on s’amuse de reconnaître chez l’autre ses vieux travers, ou ses qualités. On se rassure mutuellement sur ce que l’on devient, sur ses capacités à faire face aux épreuves.
Il y a bientôt 15 ans, elle venait faire une retraite silencieuse avec son violoncelle au monastère où j’étais réceptionniste. Des conversations (pas très silencieuse, la retraite, finalement), puis des lettres, puis la colocation, sa rupture, mon mariage, mon divorce, ses études, les miennes, chacune une période dépressive à son actif, des hauts et des bas.
Il y a 13 ans, nous faisions les folles en imaginant des histoires abracadabrantes au parc Lafontaine. Puis il y a eu Dom, et Marie-Hélène, les amies chères qui demeurent, au milieu des larmes et des fous rires. Les enfants de l’une et l’autre, dans les dernières années. Les concerts d’Ély, les chansons de Marie, les questions de Dom, mes grandes idées et ma vie toujours un peu surprenante dans ses rebondissements. Et la vie passe, et notre amitié reste.
C’est grâce à elles que j’ai appris qu’il est possible de faire confiance. C’est grâce à elle que j’ai appris à aimer, à être patiente, à cultiver avec soin les relations humaines. Je ne pourrais imaginer la vie sans elles, ni ce que je serais devenue. Elles savent, je l’espère que, tant que je pourrai le faire, je serai là pour elles, quoiqu’il advienne.