Les bains ont fasciné certains peintres, qui les utilisent pour faire valoir leurs canons de beauté féminine. Pourtant, les bains, c’est une ode à la beauté des corps dans toute leur diversité et leur fragilité. Même ces femmes glorifiées par les canons, lorsqu’elles s’abandonnent loin des regards qui les jugent désirables ou non, semblent demander qu’on les laisse être. Corps à la peau sombre, corps à la peau claire.
Et puis cette forme de fruit mûr, un peu plissée, qui marche précautionneusement sur les tuiles pour descendre dans l’eau tourbillonnante. Le dos courbé, elle tourne la tête, l’air de s’excuser pour sa lenteur. Ce qu’elle ne sait pas, c’est à quel point j’éprouve une grande tendresse, en la regardant se mouvoir, en pensant à tous les bonheurs, aux douleurs, aux jours et aux nuits que cette femme a vécus, et qui se sont écrits, au fil du temps, sur cette chair. Les plis de sa peau sont comme des vagues, des dunes, un paysage unique au monde qui raconte une seule histoire, la sienne.
Cette toute petite femme toute courbée, qui vient chaque jour nager, qui ressemble à une vieille petite fille encore toute heureuse de vivre et qui s’étire de manière un peu saccadée, dans le sauna.
Il y a aussi le corps imposant de cette femme qui dénude sans façon sa poitrine opulente et son ventre marquée par la maternité, sans complexe apparent, et se délasse dans l’eau chaude, dans ce temple où la règle non-écrite semble être que seuls les petits seins fermes et les ventres plats puissent se dévoiler sans soulever des interrogations muettes et un certain malaise, surtout chez les plus jeunes.
L’affaire, c’est que sans vêtement pour les contraindre, les corps ne peuvent présenter d’imperfections. Ils sont, simplement. Tous vivants, tous portant des joies, des soucis, des histoires différentes.
Elles sont belles, toutes, humanité vivante. Mon seul souhait serait qu’on puisse s’émerveiller davantage sur cette beauté.