Mon père vient de recevoir une pile de livres. Atwood, McEwan, Barnes, entre autres, et « The Book Thief », dont je viens de voir l’adaptation cinématographique que j’ai adorée. J’obtiens avec bonheur la joie d’être la première à le lire.
Les mots, l’histoire des mots, leur univers, les allers-retours entre les deux langues principales qui forgent mon identité, voilà le lien et l’héritage le plus précieux que mon père m’ait donné. Très tôt, je me rappelle, ce fut un lien privilégié: je devais avoir 3 ou 4 ans lorsque je m’obstinais à soutenir que bibliothèque se prononçait « bli-bliothèque ». Je ne savais pas encore lire, mais l’autorité du dictionnaire s’imposait déjà. Mon père l’avait tiré des rayons, pour pointer le mot en question. Je dus me plier à sa règle à contre-coeur.
Tranquillement, avec le temps, l’apprentissage de l’anglais, langue seconde presque aussi chère que le français, puisque c’est ma langue d’instruction, celle dans laquelle j’ai appris à aimer les mots, la langue, m’a permis d’apprécier encore davantage ma langue maternelle.
Les méandres de la langue, de mes langues, voilà mon pays d’adoption. Entre le fleuve et les mots, j’existe.