Dans quatre ou cinq mois, je serai debout sur une terre où je n’avais jamais mis les pied mais sur laquelle ça fait 7 ans que je veux marcher. Toute seule, mes bottes aux pieds, mon sac sur le dos. Je serai un peu perdue, et je devrai trouver mon rythme, apprivoiser le terrain avec les cartes et la boussole, et je rencontrerai des gens de là-bas, qui parlent la même langue que moi, mais différemment. Il me faudra bien entendu m’habituer à leur accent rocailleux. Là-bas, je serai vulnérable, seule, dans une nature que je ne connaîtrai pas. Les lochs, l’océan, les Highlands. Les premiers jours, j’aurai mal partout, les jambes lourdes, les pieds enflés. Monter et descendre, traverser les rivières et les ruisseaux, éviter les tourbières. Planter la tente dans l’humidité et la fraîcheur de mai.
Mais voilà, c’est le point où ma vie se concentre, les lignes tracées s’y dirigent. Déjà, j’ai la majorité de mon équipement. Déjà, j’économise davantage pour le billet d’avion, pour les imprévus pendant le voyage. Déjà, tout cela prend forme, je me vois dans ces paysages lointains. C’est bien de vivre dans le présent, mais quelquefois, c’est dans l’avenir que je trouve la force de le vivre, le foutu présent, surtout lorsqu’il est alourdi par le passé. C’est l’avenir qui me donne des ailes, même si, à bien des égards, l’avenir est lui aussi bien sombre.