Ce soir, je te regardais, mais j’étais loin, si loin de toi. Et puis j’avais tellement envie d’être sur mon rocher, au bord des vagues.
Il y a quelque chose d’infiniment douloureux dans cette histoire. Iphiginie, ou la fille de Jephté, ou une quelconque fille immolée pour la victoire des hommes. Comme ces filles, je vais activement vers le sacrifice, convaincue de sa justice, alors que tout mon être crie vers ailleurs, vers la grande liberté du large.
« J’irai, j’irai, après », dis-je à cette voix que je fais taire en moi. Car il y a toi, qui m’appelle du milieu du feu où je m’immole, et je cours vers toi, mais tu fuis toujours plus loin dans le brasier, et je pleure, parce que je ne pourrai jamais t’atteindre. Je ne suis pas faite pour le feu, mais pour les navires du large, pour les long cours, pour les abysses silencieuses. Et pourtant je marche, je cours vers toi, je me brûle. Je m’évapore, je deviens fille de l’air, et je pleure chaque nuit sous la fraîcheur des étoiles.
Être l’écume sur le dos des vagues, voilà le sort qu’on m’avait promis si tu demeurais hors de ma portée, comme si c’était le pire. J’en rêve. Il est trop tard, le brasier m’a consumée, tu es encore en son sein, moi, envolée en fumée bleue. Nuée fine, imperceptible, je cherche à revenir à ma source, mais le vent m’emporte dans les terres, loin de mon amour, loin de ma vie.