Terre ouverte

Veine d’eau en surplomb des sables

Surgissant de l’argile, creusant l’effondrement sublime

Aux mottes craquelées

Abreuvant l’improbable végétation éparse

Et les bouleaux blancs

Dans cette cicatrice terreuse

Respirant sur le fleuve

Ruisselle dissimulée au mitan du repli

Une fontaine aux eaux grises et fraîches

Entre les empreintes des biches et faons assoiffés

Des nuées de moucherons voraces

Se repaissent de nos chairs dénudées

Cependant qu’en un élan tendre et sauvage

Celles-ci s’enlacent

Au rythme de la marée montante

Non loin, un rorqual saute

Un phoque, un béluga se pointent

Dans le vent soufflant du large, les goélands crient

Soudain tout disparaît

Le calme revient, c’est l’étale

Le vent change

Le moment de grâce cesse

Et pourtant il demeure

Souvenir magnifique, à jamais gravé

Comme un moment de pur bonheur

Immense force de vie et indicible fugacité

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