Seulement quelques occasions me donnent vraiment envie de faire n’importe quoi pour devenir riche. Voir une vieille maison anglaise décrépite au bord du fleuve en est une. Ça fait deux jours que je zieute la maison au 300, chemin des Pionniers ici-même à Tadoussac. Rouge et blanche, deux lucarnes à l’avant, deux dépendances… Aux fenêtres, de vieux rideaux déchirés, autour, un bout de clôture défoncé, beaucoup de bois pourri, sans nul doute, un toit moussu courbé de manière inquiétante, comme en attente d’être secouru.
Pour avoir passé les étés de mon enfance dans une de ces maisons, de l’autre côté du fleuve, avec les odeurs de bois, la galerie à repeindre presque tous les ans, tout ce que ça coûte d’entretien, je sais bien que le 300 des Pionniers coûterait une fortune à remettre en état. Mon logeur, qui travaille pour une compagnie locale dont la raison d’être est l’entretien des maisons d’été « des Anglais », me dit que le propriétaire, un avocat désargenté, ne peut en défrayer l’entretien minimal. Tout à l’heure j’ai fait le tour de la maison, aperçu la magnifique vue arrière sur la baie, la galerie entourant la maison, jeté un coup d’œil à l’intérieur.
Et ça fait rêver… Rêver qu’on se mette là-dessus à 10 ou 20, qu’on achète, qu’on rénove, et qu’on en fasse une maison où tout le monde pourra venir passer quelques jours, quelques semaines, en échange d’un peu de travail sur la maison, ou d’un coup de main à la cuisine.
En attendant, les heures à la boulangerie s’accumulent, et la liste des dettes prioritaires qu’il me faudra rembourser me trotte à l’esprit. Peut-être un jour…