Ce soir, en attendant le bus pour aller garder, je reçois un appel, c’est le coureur des bois de Tadoussac. Il me dit qu’il repeint les chambres en rouge et jaune et me demande si ça me va. J’avoue que ça ne me dérange pas. Je serai probablement tellement fatiguée au bout de mes journées que je ne me soucierai pas beaucoup de la couleur des murs de toute manière. Ce sera déjà sûrement mieux que le sous-sol mal fini dans lequel je vis en ce moment, sans chambre, dans un espace simplement délimité par des bibliothèques vides.
Je me prépare mentalement. Je fais le tour de mon année, les bilans, en m’assurant de tout laisser pour que les gens puissent reprendre la tâche sans moi. C’était important pour moi de ne pas apporter d’ordinateur, de laisser derrière moi un peu de cette lourdeur. Je vais retrouver une vie rythmée par le travail, les livres et les conversations, et bien sûr par les longues marches en solitaire sur les grèves et dans le bois.
Cette préparation a quelque chose de l’examen de conscience, provenant sans doute de mes racines très catholiques, bien que ce soit beaucoup plus large que de scruter les poussières de l’âme. Je revois des événements, des choix, des gens, et j’examine si j’aurais pu ou dû agir autrement, quelles ont été les personnes qui m’ont marquées, les relations que je souhaite garder, tisser, celles qui m’alourdissent.
Curieusement, cet été a pour moi des airs de retraite. Les monastères, desquels j’ai été il me semble beaucoup trop proche pour leur trouver toujours l’aura de sérénité qu’ils dégagent pour d’autres, ont cependant laissé l’empreinte de leur silence méditatif. Ce silence est encore nécessaire à mes prises de décision, ainsi que le rythme d’un temps qui semble enfui, marqué par les heures, s’étirant à l’infini dans une régularité parfois rassurante, parfois angoissante, mais toujours fructueuse et apaisante.