Un carnet de voyage rempli, les dernières pages écrites entre deux avions. Il y a une semaine, j’étais dans le bus entre Toronto et Ottawa, avant dernière étape du voyage à partir de Newcastle. Newcastle-Edinbourg, Edimbourg-Glasgow dans un bus presque vide, le bus de ville entre la ville et l’aéroport de Glasgow, la nuit sur les banquette d’aéroport. Puis vol Glasgow-Londres, suivi de Londres-Toronto. Le bus de ville et le métro de Toronto. L’incroyable cacophonie de la gare de bus de Toronto. Le voyage somnolent entre Toronto et Ottawa. L’attente, le retour des sons du français, le bus dans la nuit… Le dernier métro et le retour presque somnambule à la maison. Une douche. Des milliers de kilomètres dans le corps. Un retour, le retour de mes frères. Courte réunion de famille avant que tout le monde reparte de son côté.
Puis la course, une réunion, le retour à une réalité de culture minoritaire qui évolue un peu coupée du monde. Une réflexion entre deux recherches de covoiturage, sur le fait que pour la plupart des gens de mon entourage, nous sommes d’abord Québécois-es, et qu’on ne s’identifie que peu ou pas au Canada, alors que là d’où j’arrivais, j’étais d’abord Canadian, French-Canadian à la rigueur. Expliquer les nuances, assumer une appartenance visible seulement pour moi, vivre dans une langue qui est aussi la mienne, mais à laquelle mon identité est moins rattachée. Écrire tantôt en français, tantôt en anglais parce que les mots sortaient mieux. Avoir la tentation de céder, d’abandonner la résistance. Ce serait si facile de se glisser dans cette culture dominante qui s’assume.
Le retour. Ce peuple coupé du monde qui est si crédule qu’il avale sans résistance les élucubrations des décideurs corrompus qui lui disent que les services publics, c’est tellement secondaire qu’on peut y mettre la hache. Avoir envie de dire aux gens que les politiques du parti que je représente sont loin d’être radicales lorsqu’on a un peu d’imagination. Mais bon…
J’ai l’impression d’avoir passé la semaine à user d’imagination pour inventer de l’argent que je n’avais pas et à trouver un covoiturage. Remplir mes rapports d’impôts en retard, garder une petite fille adorable. Envoyer mes livres par colis pour ne pas avoir à les traîner. Oublier mon maillot de bain. Trouver deux covoiturages. Chercher un endroit où dormir à Québec, être touchée par la générosité des gens qui ont répondu rapidement à un appel lancé sans trop d’espoir sur Facebook. Passer une super fin de semaine entre Montréal et Tadoussac. Arriver à Tadoussac. Retrouver les gens, la place. Coup de barre.
Je suis arrivée.
Je travaille demain matin à 6h. Et je dois écrire mon aventure écossaise, relire, repasser dans le petit carnet et savourer les moments incroyables qui se sont succédés si rapidement dans le dernier mois…