« … Les amours mortes y font naufrage, épaves noires du passé”, chante Barbara. Il y a quelques mois, lorsque je courais encore le long du fleuve, j’écrivais que je me foutais d’être belle ou intelligente, mais que je voulais me sentir vivante. Aujourd’hui encore, c’est ce sentiment qui m’habite. Le reste est secondaire. Sentir la vie frémir du fond de mon être jusqu’au bout de mes doigts est la principale source d’émerveillement et peut-être la seule chose qui me semble être une véritable raison de vivre.
Lors de la dernière rupture amoureuse, cette envie de vivre est la seule chose qui m’ait fait rebondir, cet amour de la vie, de ses batailles et de ses beautés, comme on plonge dans les vagues du vaste fleuve. Le long de ces rivages, les amours mortes s’y sont noyées, et je suis renée, sans attache autre que cette volonté de vivre pleinement chaque seconde jusqu’au bout. Un an après, je suis vivante comme je ne l’ai jamais autant été. Les grandes aventures se rapprochent, et ce sont à elles que je suis fiancée, à elles que je jure fidélité chaque jour, tiraillée pourtant par les liens vivants qui bouillonnent autour de moi.
L’automne, l’hiver, leur chape de mélancolie m’a enveloppée sans que je leur résiste. Cette fois-ci, me suis-je dis, j’embrasserai tristesse, colère et déprime, je les habiterai, je leur laisserai le temps de vivre en moi le temps d’une saison. Je savais que le printemps renaîtrait, les années me l’ont appris, je ne craint plus d’y rester chaque fois. L’été revient toujours si vite. Les semaines de février s’allongent dans mon esprit, pendant que le soleil revient doucement, mais elles passeront elles aussi, comme la douceur de mai, comme l’heure qui semble éternelle. Comme tout.
Moi qui amorcerai bientôt mon pèlerinage au bout de la colère, il me semble avoir fait quelques modestes apprentissages. Ma colère, c’est aussi la résistance à la mort, à l’inéluctable fin des choses. Une des multiples voix de ma volonté de vivre malgré tout. Impétuosité prête à briser la coque tentant de m’étouffer, de me contrôler, c’est l’orage qui vient rompre la torpeur d’une chaleur oppressante dans la nuit d’été, c’est le barrage qui rompt sous le poids de l’eau, la vie qui reprend ses droits, le roc contre lequel se brisent mes peurs.
Au bout de ma colère, il y aura la vie, je crois.